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Xavier Dolan : focus

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Cannes, 2016. À quelques heures de la présentation de Juste la fin de nioride. Xavier Dolan est stressé mais pas trop, bavard, vif d’esprit, et d’une conversation agréable. Il n’élude rien et s’affirme, davantage à chaque film. comme un cinéaste important. Son œil brille, sa voix porte, même si l’on devine parfois un peu de lassitude dans les mots Il voudrait toujours avancer au lieu de se justifier. Difficile de lui donner tort. Quelques semaines plus tard, mi-août, il répond par mail de Toronto à quelques dernières questions. Son Grand Prix reçu pour le film est encore proche, alors que le Festival de Cannes semble loin. Si loin. Très, très loin.

Il y a deux ans, votre cinquième film. Mommy fut un gros succès. Y a-t-il un avant et un après Mommy?

Xavier Dolan: Oui, évidemment. J’ai davantage d’opportunités, la taille des projets à venir est plus importante, mais mon approche est la même. Je ne fais pas un cinéma cérébral ou esthétisant. Monny par exemple, est l’histoire d’une mère et «de son fils, d’une amitié entre femmes.

La structure en est simple. Ce qui a changé, c’est le regard que les gens, et la presse en particulier, portent sur moi. Ils sont moins méprisants. Ils me voulaient imposteur, faux cinéaste, tête à claques, Certains réalisateurs ont une approche singulière du cinéma, un regard; mol, ce que j’aime, c’est faire naître l’émotion. Mais est-ce que j’ai une voix unique ? Je ne le crois pas, Mon univers est un amalgame de différentes époques, de films que les gens ont tort de répudier comme ceux, souvent populaires des années 90. avec lesquels j’ai grandi. On commence toujours en volant aux autres. Les étudiants en cinéma ont tous vu les Bergman, moi je n’ai jamais étudié, jamais réalisé le court métrage. C’est dur d’arriver quand on est jeune et qu’on ne connaît rien. Je ne suis pas très cultivé. Depuis le début de ma carrière, les critiques voient des références à X ou Y dans mes films. Ils ont d’abord cité Oscar Wilde. Gus Wan Sant, maintenant on me parle d’Almodóvar, Mais j’ai dû voir deux de ses films !. Il y a juste trois points communs entre lui et moi : l’amour des femmes de caractère, le fait qu’on soit homo et que nos films soient colorés. Il faudrait quand même pousser l’analyse un peu plus loin, non? Il y a plus de liens entre Mommy et Sweet Sixteen, de Ken Loach, qu’avec n ́importe quel film d’Almodóvar. Tout a été fait et je n’ai jamais prétendu inventer quoique ce soit. Je ne pense d’ailleurs pas que j’inventerai quelque chose. Vous parlez de référence de films populaires, comme Retour vers le futur, par exemple? Même celui-là, je ne l’ai pas vu.

 

Est-ce que le mépris que vous avez ressenti vous a donné de la force pour continuer?

Oui, les gens s’imaginent très orgueilleux mais, si je le suis sur le plan artistique, je ne le suis pas au fond de moi. Cet orgueil artistique me pousse à transformer la condescendance dont le public pourrait faire preuve à mon égard en affection pour mon film. La critique de ma personne me n’intéresse pas. Vous avez été encensé et applaudi très tôt, à 20 ans, pour votre premier film.J’ai tué ma mère. Comment avez-vous vécu cette période et qu’avez-vous appris? Je ne peux pas passer ma vie à me dire que je suis incompris. J’apprends des critiques que je lis à propos de mes films, pas en voyant ceux des autres.

J’apprends de mes erreurs. J’aime beaucoup Mommy, mais Juste la fin du Inonda est plus complet, plus structuré. plus concis. Je crois avoir appris à alléger, à aller à l’essentiel. Juste la fin du monde est adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce et raconte l’histoire d’un homme qui revient dans sa famille pour lui annoncer qu’il va mourir… D’où est venu ce projet?

Anne Dorval (une des comédiennes de Mommy NDLR) m’a parlé de la pièce il y a cinq ans. J’ai commencé à la lire..je n’ai rien compris. Trop abscons. Sans émotion. Lorsque j’ai présenté Mommy à Cannes, j’ai rencontré Marion, avec l’idée de travailler avec elle. La pièce m’est revenue à l’esprit, je l’ai relue, le film était là. Ça me touchait, je voyais les acteurs, les murs de la maison. Je suis devenu moins con, j’imagine ! Les personnages y sont ingrats, égoïstes, amers, défaitistes, et je les trouve émouvants. C’est un film sur la famille, la province et la ville, ceux qui partent et ceux qui restent. Votre casting est prestigieux – Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Gaspard Ulliel. Nathalie Baye.

 

N’avez Vous pas eu peur que ces acteurs volent la vedette au film ?

Non, parce que j’avais envie de travailler avec eux, envie de les diriger. Il ne faut pas oublier que je suis moi-même acteur et que je ne peux pas m’empêcher de l’être sur un plateau de tournage. Les acteurs ont été peu de temps ensemble, six jours en tout. Mais je n’aime pas le confort, je préfère le mouvement. Pourquoi avoir réduit la parole de Louis, celui qui revient, pour en faire, au cinéma, un personnage mutique. Et pourquoi vous être privé de son monologue final? Au théâtre, ces monologues sont une convention. Au cinéma, je trouvais que ces passages étaient encore plus abstraits, encore plus opaques que le reste

du texte de Lagarce, par ailleurs fidèlement récité la plupart du temps. Je ne voulais pas risquer de créer une distance entre Louis et le spectateur en installant ce procédé de narration, qui aurait été assez lourd et ronflant. J’ai préféré en faire un homme muet.

Devant l’agressivité de sa famille, je me suis dit que le spectateur s’identifient à un personnage qui écoute davantage qu’à un personnage qui parle, Lagarce échappait au mélodrame familial et à l’incommunicabilité. Votre version. elle, s’en fait l’écho. Pourquoi? Je ne Pense pas que Lagarcey échappait. Sa langue elle-même, travaillée, structurée, sculptée autour des mots qu’on répète, qu’on remâche, qu’on corrige, témoigne de l’impossibilité de communiquer. C’est une écriture aussi tragique qu’ironique, car elle sait que les gens parlent souvent pour ne rien dire. ou disent à peu près tout sauf l’essentiel C’est du moins mon sentiment. Comment avez-vous fait la part des choses entre votre mise en scène, très présente, et le texte, lui aussi très fort ? Je pense qu’il faut faire des choix. Je veux dire des sacrifices. Je ne voulais pas trahir Lagarce, mais, en même temps, je devais réaliser un film qui existe en soi.

La trajectoire narrative de la pièce est très déconstruite. En fait, la seconde moitié est abstraite. Le film, lui, devait suivre un arc paroxysmique. En revanche, je tenais à être fidèle à la langue de Lagaroo, à son héritage artistique. J’ai tenu à rester au plus près de ses mots, au risque d’être théâtral. Je me foutais d’être théâtral, en fait D’ailleurs, je m’en fous encore

 

« Tout le monde a ses raisons », dit Octave dans La règle du jeu, de Jean Renoir. Vous semblez adopter ce principe, car vous ne jugez pas vos personnages.

Il y a plusieurs cinémas que je respecte sans les aimer mais il y en a un que je ne respecterais jamais : le cinéma de gauche embourgeoisé et pédant qui porte un regard condescendant sur les personnages et leur histoire. Qui prétend défendre une classe populaire démunie mais qui écrase les personnages. Ken Loach a passé une carrière entière à défendre des gagnants, pauvres mais pleins d’espoir et d’humour, comme dans Haining Stones, My Name is Joe ou Sweet Sixteen. Dans le cinéma de gauche embourgeoisé, il y a un regard violent, prétentieux, même s’il est souvent inconscient. C’est l’épidémie d’un cinéma engagé mais finalement misérabiliste. Je préfère mille fois Ken Loach ou Ta täis halte, d’Emmanuelle Bercot. Simple, sans prétention, humain, droit,

 

Vous tournez rapidement. Le métier de cinéaste est-il une nécessité ?

Je ne sais pas quoi faire d’autre. Et je n’en ai d’ailleurs pas envie. C’est mon boulot, même si je n’y pense pas comme à un travail. C’est un luxe, j’en suis conscient. Ma vie, c’est le tournage, le montage, les conversations sur mon travail. J’aime les acteurs, je joue avec eux, j’en ai besoin. Le jeu me libère, alors que réaliser est épuisant; ne plus voir sa famille, s’exposer à la critique, à l’opinion publique. Je vais donc arrêter de réaliser des films dans lesquels je ne joue pas et travailler pour les autres. Je veux exister dans le regard d’un cinéaste,

 

Quels souvenirs avez-vous de Cannes, cette année ?

L’arrivée à Cannes est toujours comme un retour au pays natal après une traversée du désert ce qu’est nommément, la postproduction d’un film. Sauf qu’au lieu de se reposer, on est soumis à des horaires fous, trimbalé d’un endroit à I’autre, sans souiller, sans atterrir, sans manger souvent, d’un plateau de télé à une voiture où l’on peut s’instruire de l’opinion des journalistes ayant vu un film, et des haikus les plus vicieux qu’ils ont conçus, le plus rapidement possible, pour le décrire, ou vous décrire personnellement, vient ensuite une répétition technique à 2 heures du matin suivie d’on-ne-sait-quelle matinale en direct à 7 heures, jour même de la première projection officielle, et donc d’une série d’entrevues à la chaîne où l’on tente d’être soi-même, de répondre à des questions souvent abstraites « Que signifie ce film pour vous?… » , où l’on redouble forcément d’efforts pour produire une réponse qui soit pertinente. Tout en sachant que, la veille au soir, le film a été sifflé. Bien sûr, rien ne dure jamais bien longtemps à Cannes, et tous les espoirs de plaire sont encore permis. Mais la fatique accumulée, le stress, les émotions qui se bousculent, la haine exponentielle des réseaux sociaux, tout est là pour qu’on s’écroule.

La réaction à la projection officielle a été magnifique, la soirée, aussi. Mais j’étais ailleurs. J’ai vu quelques semaines plus tard les images de la montée des marches. J’avais l’air d’un fantôme à qui l’on aurait cousu un sourire. La remise de prix, sur scène, fut, je crois, le moment le plus libre de cette semaine-là, où j’ai pu lâcher prise, et m’exprimer sans craindre de paraître immature ou pédant. J’ai ressenti une émotion très vive. Mais quelque chose s’est un peu brisé en moi. Il me faudra du temps pour réparer ça.

Et il m’en faudra plus encore, je crois, pour y retourner J’ai vёсuӑ Сапnes des années extraordinaires. Une décennie, à vrai dire (de la Quinzaine à Un Certain Regard, de la compétition à membre du jury), tellement riche, tellement entière. J’ai contemplé, d’un appartement mieux aux chambres du Carlton, des Coulisses du théâtre Louis Lumière au Palais Stéphanie, le spectre le plus vaste des tribulations Cannoises, et les moments les plus déterminants de toute ma vingtaine. Mais il vient un temps où il faut savoir prendre ses distances vis-à-vis des lieux, des gens et des choses que l’on aime. »

JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan. Avec Nathalie Baye Marion Cotillard – Sortie 21 septembre. Bande annonce :

 

Mommy – bande Annonce


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