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Seule la terre : sortie le 6 décembre 2017

Pour son premier long-métrage, l’acteur anglais Francis Lee a été ambitieux. En effet, il a décidé de traiter trois sujets en même temps, et des sujets si austères que leur addition aurait, sur le papier, de quoi dissuader les ardeurs de nombreux spectateurs.

En effet, Johnny Saxby incarne cette génération de jeunes paysans qui doivent s’occuper seuls de la ferme familiale quand leurs parents deviennent trop vieux. Pour couronner le tout, son père n’est pas très aimant ni aimable avec lui.

Sans doute, parce qu’il sait – ou devine – que son fils ne lui donnera pas de petits-enfants, puisque « Seule la terre » de Francis Lee s’intéresse aussi à l’homosexualité dans les campagnes.

Et comme on manque de bras de ce côté-là également, il faudra qu’un journalier d’origine roumaine, Gheorge, vienne donner un coup de main à Johnny pour que celui-ci découvre l’âme-soeur, posant au passage la question de l’emploi de migrants dans la riante campagne anglaise totalement dépeuplée.

Homosexualité, migration, ruralité en berne, ce cocktail sociologique n’est pas, a priori, la meilleure recette pour obtenir une fiction digeste. Pourtant, « Seule la terre » de Francis Lee est une œuvre passionnante dans laquelle le réalisateur sait magnifier le travail de la terre.

Dans un Yorkshire désolé à la beauté brumeuse, il montre qu’à travers des tâches présentées comme ingrates et répétitives, deux jeunes hommes peuvent s’apprivoiser, communier dans le même amour de la nature, et particulièrement des animaux, en portant en eux des sentiments purs.

Bourru, brutal, malheureux, Johnny trouve en Gheorge quelqu’un qui a déjà fait le grand saut dans l’ailleurs, loin des siens, et qui va lui apporter enfin de quoi être autre chose qu’un être enfermé dans ses rancoeurs.

« Seule la terre » pouvait vite tomber dans la trivialité si l’on ne sentait pas chez Francis Lee une grande connaissance des paysages filmées et des gens décrits. Il est chez lui et évite tout schématisme. Les personnages des parents de Johnny ne sont pas réduits à leur silence, à leur difficulté à le comprendre. A mesure que la complexité s’installe chez leur garçon, ils prennent eux aussi plus de relief, plus d’humanité

« Seule la terre » de Francis Lee est l’histoire de l’ouverture d’un jeune homme à la vie grâce au beau personnage de Georghe surgi du vaste monde. Hymne à l’altérité, ce film a du souffle. On y respire la puissance du geste paysan, on y sent la caresse du vent et celle des regards de ceux qui s’aiment sans avoir les mots pour se le dire à tout bout de champ.

Roman d’apprentissage pudique, « Seule la terre » a la simplicité des films qui marquent les esprits.

Réalisé par Francis Lee. Grande Bretagne. Drame. 1h44 (Sortie le 6 décembre 2017). Avec Josh O’Connor, Alec Secareanu, Gemma Jones, Ian Hart, Liam Thomas, Sarah White, Patsy Ferran et Melanie Kilburn.


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