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Queer : histoire de ce terme

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Queer est un terme générique pour les minorités sexuelles et de genre qui ne sont ni hétérosexuels ni cisgenre. À l’origine, ce terme signifiait « étrange » ou « particulier ». Il a été utilisé de manière péjorative pour désigner ceux qui avaient des désirs ou qui avaient des relations avec des personnes de même sexe à la fin du 19e siècle.

Depuis la fin des années 80, les chercheurs et les militants homosexuels ont commencé à récupérer le mot pour établir une communauté et affirmer une identité politisée distincte de l’identité politique gay. Les queer désignent alors ceux qui rejettent les identités de genre traditionnelles et qui cherchent une étiquette, moins conformiste, plus large, que l’étiquette LGBT.

Queer est devenu le terme préféré pour décrire certaines disciplines académiques radicales. Son utilisation a également pris de l’importance pour décrire les identités et les politiques non-normatives. Les disciplines académiques telles que la théorie queer et les études queer partagent une opposition générale au binarisme, à la normativité et au manque perçu d’intersectionnalité au sein du mouvement LGBT en général. Les arts, les groupes culturels et les groupes politiques queer sont des exemples d’expression d’identité queer.

Les critiques des identités queer comprennent les militants gays qui associent le terme avec son usage familier péjoratif ou qui souhaitent se dissocier du radicalisme queer.

 

Queer :  histoire

Étymologiquement, ce terme anglais signifiait « étrange », « bizarre » ou « excentrique » au 16ème siècle. Il peut se référer à quelque chose de suspect, à une personne un peu dérangée ou qui présente un comportement socialement inapproprié. Il peut aussi indiquer un sentiment de malaise ou quelque chose qui est douteux ou suspect. L’expression « in Queer Street » a été utilisée au Royaume-Uni pour désigner une personne en difficulté financière.

Au moment où l’aventure de Sherlock Holmes « The adventure of the second stain » a été publiée en 1904, le terme a commencé à avoir une connotation de déviance sexuelle, se référant à des hommes ou des efféminés qui se livrent à des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Une des premières utilisations de ce terme dans ce sens date de 1894 à travers une lettre de John Sholto Douglas, 9ᵉ marquis de Queensberry. Queer revêt définitivement un sens péjoratif dans le 20e siècle pour désigner les hommes efféminés. Au début du 20e, les personnes ayant des identités sexuelles ou de genre non normatif, dont le poète et l’auteur anglais Radcliffe Hall préfèrent l’identité inverti. Vers le milieu du siècle, cette identité invertie a perdu du terrain pour laisser la place à l’identité homophile. Dans les années 1960 et 1970, l’identité homophile a été remplacée par une identité gay plus radicalisée, qui à l’époque comprenait des trans et des personnes au genre non conforme.

Pendant qu’on passait d’inverti à homophile et d’homophile à gay, le terme queer a été péjorativement appliqué aux hommes qui étaient soupçonnés de se livrer à des activités sexuelles aussi bien anales qu’orales avec d’autres hommes, mais aussi à ceux qui montrent des expressions de genre non-normatives.

Depuis la fin des années 80, l’étiquette queer a progressivement abandonné son sens péjoratif pour devenir une auto-identification neutre ou positive par les LGBT. Un premier exemple de cette utilisation par la communauté LGBT est le nom d’une organisation appelée Queer Nation qui a été créée en mars 1990. Elle a fait circuler un dépliant anonyme lors de la Gay Pride Parade de New York en juin 1990 intitulé « Quuers read this ». Le dépliant comporte un passage qui explique l’adoption de l’étiquette queer. Le passage dit : « Ah, avons-nous vraiment utilisé ce mot ? Toute personne gay a son propre avis sur la question. Pour certains, cela signifie étrange et excentrique et quelque peu mystérieux. Pour les autres, le terme évoque des souvenirs terribles de la souffrance de l’adolescence. Eh bien oui, l’étiquette « gay » est vaste. Il a sa place. Mais quand un grand nombre de gays et de lesbiennes se réveillent le matin, nous sommes en colère et dégoûtés. Donc, nous avons choisi de nous appeler queer. Utiliser ce terme est une façon de nous rappeler comment nous sommes perçus par le reste du monde« .

 

L’inclusion

Les queer, particulièrement de couleur, ont commencé à récupérer ce terme en réponse à un changement perçu dans la communauté gay vers le conservatisme libéral, catalysée par la pièce d’Andrew Sullivan en 1989 dans The New Republic intitulé Here Comes the Groom: The Conservative Case for Gay Marriage. Le mouvement queer a rejeté les causes considérées comme assimilationniste, comme le mariage, l’inclusion militaire et l’adoption.

Le terme peut être capitalisé en se référant à une identité ou à une communauté, plutôt que comme un fait objectif décrivant les désirs d’une personne, dans une construction similaire à l’utilisation capitalisée des Sourds.

L’abréviation emblématique « Q » est depuis très utilisée pour désigner les queer surtout aux États-Unis.

En raison du contexte dans lequel il a été récupéré, le terme queer a des connotations sociopolitiques et est souvent préféré par ceux qui sont des militants, à savoir, qui rejettent fortement les identités de genre traditionnelles, qui rejettent également les identités sexuelles distinctes telles que les gays, les lesbiennes, les bisexuels, les hétérosexuels et enfin par ceux qui se voient opprimés par l’homonormativité de la politique de la communauté « gay » ou « LGBT » au sens large.

Dans cette utilisation, queer conserve sa connotation historique qui signifie en dehors des limites de la société normale et peut être interprété comme une entorse aux règles de la sexualité et du genre. Il peut être préféré en raison de son ambiguïté qui permet aux « queer » d’éviter les limites parfois rigides qui sont associées à des étiquettes comme « gay », »lesbienne », ou même « transgenre ».

Bien qu’initialement utilisées pour désigner les homosexuels radicaux, des opinions sur ce que le terme queer inclut peuvent varier. Pour certaines personnes, sa non-spécificité est libératrice. Le fait d’être queer  devient ainsi le chemin de la résistance politique contre l’hétéronormativité ainsi que l’homonormativité tout en refusant simultanément de s’engager dans la politique traditionnelle d’identité essentialiste.

Les militants intersexes ont parfois parlé de corps intersexes comme de corps queer. Les militants et les savants tels que Morgan Holmes et Katrina Karkazis ont documenté une hétéronormativité dans les justifications médicales pour la normalisation chirurgicale des nourrissons et des enfants nés avec le développement sexuel atypique.

Dans « What Can Queer Theory Do for Intersex? », Iain Morland contraste l’activisme hédonique queer avec une expérience de corps intersexués post-chirurgicaux insensés pour prétendre que le fait d’être queer se caractérise par l’interrelation sensorielle du plaisir et de la honte.

Toutefois, des préoccupations ont été soulevées parmi les activistes intersexes selon lesquelles les groupes LGBT ou queer dont eux y compris pourraient donner la fausse impression que tous ou la plupart des intersexués sont lesbiennes, gays, bisexuels, et/ou transgenre. Une autre préoccupation est que l’addition est seulement cosmétique et que parmi les groupes qui font cela, les objectifs LGBT ont toujours eu la priorité sur ceux des intersexués.

Pire, le terme intersexe a commencé à attirer des personnes qui ne sont pas nécessairement intersexuées, mais qui estiment qu’elles pourraient l’être en étant queer ou trans. Beaucoup d’entre elles ont estimé que le fait d’être intersexuées signifiait une justification sociale et biologique pour être ce qu’elles sont. Elles se heurtent ainsi avec la majorité des personnes nées dans des conditions intersexuées, qui malgré leur corps intersexués, se sentent comme des hommes ou des femmes hétérosexuels parfaitement ordinaires. 

 

Queer dans le milieu universitaire

Dans le milieu universitaire, le terme queer indique l’étude de la littérature, du discours, des domaines universitaires, ainsi que d’autres domaines sociaux et culturels dans une perspective non-hétéronormative. Les études queer s’intéressent aux questions relatives à l’orientation sexuelle et l’identité de genre se concentrant généralement sur les personnes et les cultures LGBT. Centrées à l’origine sur la théorie de l’histoire LGBT, le champ a été élargi pour inclure l’étude académique des questions soulevées dans la biologie, la sociologie, l’anthropologie, l’histoire de la science, la philosophie, la psychologie, la sexologie, la science politique, l’éthique et d’autres domaines par un examen de l’identité, la vie, l’histoire et la perception des « queer ».  Des organisations telles que l’Irish Archive Queer ont tenté de recueillir et de préserver l’histoire liée aux études.

La théorie queer est un domaine critique post-structuraliste qui a émergé au début des années 90 sur les domaines des études queer et les études féminines. Les applications de la théorie queer comprennent la théologie et la pédagogie. Les théoriciens queer dont Rod Ferguson, Jasbir Puar, Lisa Duggan et Chong-suk Han, ont critiqué le mouvement politique gay en général comme un allié à l’ordre néolibéral et impérialiste, en incluant le tourisme gay, l’inclusion militaire des gay et des trans, et les statuts de couples mariés devant la loi et l’église pour les homosexuels.  Puar, un théoricien queer de couleur, a inventé le terme homonationalisme, qui se réfère à l’augmentation de l’exceptionnalisme américain, du nationalisme, de la suprématie blanche et du patriarcat au sein de la communauté gay en réponse aux attaques du 11 septembre.

 

Queer dans le domaine artistique

Dans ce domaine, l’étiquette queer désigne les mouvements artistiques notamment dans le cinéma. Le New Queer Cinema était un mouvement sur le thème du cinéma indépendant au début des années 90. Les festivals de cinéma queer comprennent le Melbourne Queer Film Festival et le Mardi Gars Film Festival organisés par Queer Screen en Australie.

Il y a aussi le Queer Film Festival de Mumbai en Inde, le Festival du Film asiatique Queer au Japon, et Queersicht en Suisse. Le réalisateur chinois Cui Zi’en a intitulé son documentaire de 2008 sur l’homosexualité en Chine Queer China, dont la première s’est déroulée au Beijing Queer Film Festival 2009 après des tentatives bloquées par le gouvernement.

Les festivals artistiques multidisciplinaires queer comprennent le Outburst QueerArts festival de Belfast en Irlande du Nord, le Festival des Arts Queer au Canada, et le National Queer Arts Festival aux États-Unis.

Les émissions de télévision qui utilisent le terme sont la série britannique Queer as Folk et son remake américain-canadien du même nom. Sinon, il y a aussi Queer Eye, et le dessin animé Queer Duck.

 

Queer dans la politique

Plusieurs mouvements sociaux LGBT à travers le monde utilisent le terme comme identifiant à l’image de l’association Queer Cyprus Association et le Queer Youth Network au Royaume-Uni. En Inde, parmi les défilés de fierté on a la Queer Azaadi Mumbai et de la Delhi Queer Pride Parade. L’utilisation de queer et Q est également très répandue en Australie, y compris par les services de conseil et de soutien national Qlife et Q News.

D’autres mouvements sociaux existent. C’est le cas des adeptes du nationalisme queer qui soutiennent l’idée que la communauté LGBT forme un peuple distinct en raison de leur culture et de leurs coutumes uniques. Queercore (à l’origine homocore) est un mouvement culturel et social qui a commencé au milieu des années 80 dans un style do-it-yourself à travers la musique, l’écriture, l’art et le cinéma.

L’expression migration queer a été souvent utilisée pour décrire le mouvement des LGBTQ dans le monde pour échapper à la discrimination ou aux mauvais traitements en raison de leur orientation sexuelle ou de leur expression de genre. Des organisations telles que la Iranian Railroad for Queer Refugees tentent justement d’aider les personnes dans cette situation.

Quoi qu’il en soit, de nombreuses organisations, LGBT ou non, refusent d’utiliser ce mot pour de multiples raisons. Certains le jugent offensant, moqueur compte tenu de son utilisation continue comme une forme de discours de haine en anglais. D’autres LGBT ressentent dans l’utilisation du mot queer le radicalisme politique. Enfin, d’autres évitent ce terme parce qu’ils le perçoivent comme un jargon académique.

Pour ceux qui n’ont pas eu le courage de lire tout cet article, voici quelques vidéos sur le sujet :


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