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Les quartiers gays ont-ils un avenir ?

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Pression immobilière, gentrification… Ces dernières semaines, la presse s’est émue du sort du Marais qui se transformerait en supermarché du luxe. Outre Paris, de New York à Londres, de Berlin à San Francisco, tous les « villages » gays sont confrontés à de profondes mutations. Enquête.

« Guici, goûts de chiottes », « Givenchy-moi dessus »… Voilà quelques slogans mi-potaches mi-vandales tagués sur les quatre nouvelles vitrines du BHV installées rue des Archives, en plein cœur du Marais. 

Dans le quartier, l’implantation de ces boutiques de luxe du Groupe Galeries Lafayette passe mal. Très mal. Alors, le Marais se rebiffe. toute la presse y va de son diagnostic. Libération, Le Monde et même Le Figaro s’inquiète de la destinée du quartier gay, qui désormais attirerait plus volontiers les flagships des marques prestigieuses et leur clientèle haut de gamme plutôt que les homosexuels.

La fin des quartiers gay ?

Mais ce que vit Paris touche, en réalité, la plupart des villages gays des métropoles occidentales. A San Francisco, Castro fait désormais figure de quartier musée, tandis qu’à Londres la fermeture en 2014 du Jojo’s, lieu mythique de Soho, marque la fin d’une époque. face à la gentrification féroce et à une spéculation immobilière galopante, les quartiers gays peinent à résister.  A Londres, le prix moyen du mètre carré atteint en moyenne 11.220 euros (contre 8.110 euros à Paris).

Premières victimes : les riverains qui dénoncent des loyers aux montants extravagants et une « âme gay » qui tend à s’évaporer. 

Jean-Claude a 52 ans. Il vit dans le Marais depuis seize ans mais avoue ne plus reconnaître son quartier « envahi de bobos et de touristes chinois ».

Deuxième victime de ce phénomène : les établissements gays désormais soumis à la compétition immobilière des grands noms du luxe qui veulent à tout prix s’implanter dans ce quartier très masculin : « les enseignes de luxe sont en train de flinguer le quartier gay! » s’insurge un commerçant. « Si le Cox, le Freedj ou l’Open venaient à fermer, ça serait la mort du Marais! » prévient un autre.

Les quartiers gays sont des « Espaces de liberté »

Bruno Julliard, premier adjoint à la Mairie de Paris chargé de la Culture, du patrimoine et de la nuit, se dit très mobilisé. « Il y a un danger qu’il ne faut pas sous-estimer. Le Marais n’a jamais été aussi attractif, et son identité gay y est pour beaucoup. Nous constatons, en effet, des changements importants dans l’offre commerciale, avec une fréquentation touristique du marais en forte hausse. Cela a une répercussion évidente sur les prix des logements et des commerces. Si le Marais a toujours été – et c’est tant mieux – un quartier touristique, il doit aussi garder son côté « village gay » et ne pas se transformer en ghetto de riches. 

La rue des Archives ne doit pas devenir une rue du Faubourg-Saint-honoré bis! » . Et l’élu parisien d’ajouter: « Paris doit garder un vrai quartier gay en cœur de ville. C’est un espace de liberté et d’égalité, de diversités sociale, culturelle et sexuelle. Combien de jeunes homosexuel-le-s découvrent leur sexualité grâce au marais ? Combien accèdent à l’émancipation et à la liberté d’être soi-même grâce à ses bars, boîtes, commerces, restaurants, librairies…? Il faut garder cette identité gay mais aussi la valoriser à travers des événements comme un grand festival de cinéma LGBT à dimension internationale, des animations lors de la gay pride…. »

une bonne volonté qui n’a pas permis de sauver la librairie Agora, remplacée par une boutique de fringues. 

« nos moyens juridiques trouvent leurs limites, admet Bruno Julliard. J’aurais aimé que le local demeure une librairie, même avec un changement de propriétaire. Cela n’a pas été possible. mais nous nous battrons autant que nous le pourrons ! ».

La gentrification qui chasse les catégories les plus populaires au profit des classes supérieures tourne désormais à plein régime.  Mais les homosexuels n’en sont pas simplement les victimes, à en croire le sociologue Colin Giraud, auteur d’un récent ouvrage sur les quartiers gays, il en sont aussi les agents : « En s’installant dans ces quartiers populaires, des gays riches et plus diplômés que les autres ont activement participé à leur transformation. » C’est l’arroseur arrosé.

Ce phénomène, qu’on retrouve de Londres à New York en passant par San Francisco, Amin Ghaziani, professeur au département sociologique à l’université de la Colombie-Britannique, l’a étudié en profondeur. 

Après six ans de recherches consacrées aux principaux quartiers gays des grandes cilles d’Amérique du nord, il vient de publier There goes The Gayborhood ? (« La fin du quartier gay? »), un ouvrage dans lequel il apporte de nombreuses nuances sur le rôle des homosexuels dans le precessus de gentrification. une évolution, selon lui, n’est pas récente.

« J’ai vécu dans le quartier de Boystown, à Chicago, pendant près de dix ans. Je me souviens qu’à l’époque où je commençais mon doctorat, j’étais perturbé en lisant les titres des journaux qui parlaient de la disparition des quartiers gays. 

Le nombre croissant d’hétéros dans le quartier était un sujet de conversation quotidien parmi mes amis, c’était une obsession, pour être honnête. on se tortillait pour passer entre les poussettes. Les gays et les lesbiennes font des enfants, bien sûr.  mais à l’époque, la poussette était devenue un symbole politique de l’invasion des hétéros dans les espaces queer.

 

Visibilité et émancipation

Les quartiers gays, malgré leur histoire récente, sont menacés. « Ils se sont formés aux Etats-unis au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, explique le sociologue canadien. Beaucoup de gays ont été exemptés de leurs obligations militaires en raison de leur homosexualité réelle ou supposée. Au lieu de rentrer chez eux en disgrâce, il se sont installés dans certaines villes. Les bars ont constitué un réseau dense qui les a rendus plus visibles. Et les émeutes de Stonewall, en 1969, ont amplifié le mouvement »

Chez nous, l’histoire des quartiers gays est plus récentes, comme le précise Colon Giraud. « En France, la notion apparaît au début des années 1980 avec le Marais. bien sûr, dans les années 1970, la rue Sainte-Anne comptait beaucoup d’établissement gays, mais il s’agissait surtout de lieux nocturnes peu visibles dans l’espace public. » Îlots d’émancipation, les villages gays ont largement participé à rendre présente l’homosexualité. « Les quartiers gays p,t été cruciaux dans la lutte pour la liberté et l’acceptation des couples de même sexe », ajoute Amin Ghaziani.

Un ghetto inutile ?

Mais à l’heure du mariage pour tous et de l’égalité des droits, un quartier gay comme le Marais a t-il encore une raison d’exister ? 

L’homosexualité n’a jamais été aussi bien accepté par le reste de la société : 90% des Français ont une perception favorable de l’homosexualité, selon une récente étude de l’Ifop. Et les nouvelles technologies (web, Grindr) n’obligent plus à sortir pour trouver l’amour (ou l’amant).

A t-on encore besoin de bastions gays souvent dépeints par les médias, et parfois par les homos eux-même, comme des ghettos? .

« Il semble capital de trouver une façon de préserver ces espaces culturellement importants, prévient le professeur Ghaziani. la pluralité est le maître mot de cette nouvelle donne. Il y a désormais plus d’endroits qui se revendiquent en association avec l’homosexualité. On peut avoir des lieux exclusivement réservés aux gays et d’autres plus ouverts. Les deux formules ont leurs vertus. Les personnes LGBT ont besoin d’avoir leurs propres territoires et la société bénéficie des endroits plus inclusifs. L’un ne devrait jamais impliquer la confiscation de l’autre »

Va-t-on vers la disparition des quartiers gays ? Le sociologue refuse d’y croire.

« Posez-vous la question : le sexisme a-t-il disparu ? Le racisme ? L’homophobie ? Il y aura toujours des bigots et des homophobes dans ce monde et , en réponse, il y aura toujours des personnes LGBT qui se sentiront plus en sécurité parmi leurs semblables, même si cela n’est qu’un perception. « Qui se ressemble s’assemble », ces quartiers ressembleront peut-être plus à une Chinatown : peu de gens y vivent, mais ce sont des zones touristiques et de divertissement. Cela assurera leur survie. Il resteront des référentiels culturels ! »


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