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Luke Cage : super-héros Black-Power sur Netflix

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En affrontant violemment le réel, Luke Cage inscrit Marvel TV dans une modernité sociale et politique presque sidérante. Par le prisme du divertissement de masse débridé, généreux et flamboyant ( de ce qu’on a vu de cette série – 13 épisodes); la série règle ses comptes avec l’Amérique et le statu quo; comme les comics voulaient le faire il y a plus de quarante ans.

Tulsa, Oklahoma, le 16 septembre dernier, Terence Crutcher, un Afro-américain de 40 ans, est abattu par une officière de police. La vidéo de sa mort prouve qu’au moment où Betty Shelby fait usage de son arme, Terence Crutcher a les mains en l’air. Ce n’est pas tout le monde qui se fait tirer dessus alors qu’il a les mains en l’air, remarque Mike Colter

 

L’interprète de Luke Cage est clair sur la dimension politique de son personnage, On n’incarne pas un super-héros noir à l’épreuve des balles, en 2016, sans convoquer toutes les tensions raciales actuelles. « Aujourd’hui, un homme noir et pare-balle est forcément un sujet de conversation différent à cause des vidéos que l’on voit.

Alors que cela fait des décennies que le problème est là. Il n’est pas apparu quand les gens ont commencé à le filmer. LUKE CAGE est politique, mais nous ne faisons rien pour. Ce sont les circonstances qui rendent la série politique » Aucun militantisme derrière cela, jure-t-il Pourtant, Luke Cage n’apparaît-il pas parfois vêtu d’un sweat à capuche noir, devenu le symbole de la protestation après l’affaire Trayvon Martin ? »En Amérique, chaque Noir – et je ne sais pas comment c’est possible — habillé comme ça est considéré comme une menace », dit Colter. Ici, le type noir habillé d’un hoodie est un super-héros

Luke Cage a été créé sur le papier par Marvel en 1972, en écho à la popularité de la Blaxploitation. Il est une version au carre de tous ces héros noirs invincibles que le cinéma fait naître devant la caméra de Melvin Wan Peebles (SWEET SWEETBACK BAADASSSSS SONG) ou Gordon Parks (SHAFT). »La Blaxploitation est le moyen le plus visible et audible pour les Noirs d’occuper une place au cinéma, à un moment où la violence Contre eux est terrible », explique Elvan Zabunyan, historienne de l’art contemporain, ajoutant que les Black Panthers font la une de leur journal avec SWEET SWEETBACK BAADASSSSSSONG en 1971. »Ce n’est pas innocent de ressortir aujourd’hui un personnage des années 70, du domaine de la Culture populaire, avec tout ce que ça représentait politiquement à cette époque-là », ajoute-t-elle

Faire revenir Luke Cage, presque 45 ans après, renforce l’idée que l’Amérique a été incapable de gérer ses conflits raciaux et l’est toujours.

La série LUKE CAGE serait donc comme un constat d’échec et un objet de résistance Cheo Hodari Coker, showrunner de la série, ne voudrait cependant pas que LUKE CAGE se résume à un discours. « Quand les gens liront des articles, ils se diront peut-être : « Et allez, ça recommence, un héros black,y’en a marre de ces discussions, je veux une bonne histoire je n’ai pas d’agenda politique, le seul agenda que j’ai, c’est celui de raconter une bonne histoire. Tout en ayant l’opportunité de raconter quelque chose de plus profond ».

LUKE CAGE, c’est un disque de Bob Mariey, dit-il « Ses chansons passaient dans le monde entier et tout le monde les aimait. Mais si vous les écoutez vraiment, elles sont profondément politiques. Elles parlent de lutte des classes, de l’héritage de l’oppression, d’une manière très réelle et très inclusive. »

DAREDEVIL, JESSICA JONES et LUKE CAGE s’inscrivent dans une certaine quotidienneté, sur un périmètre très localisé. On y parle de territorialité et de communauté. Depuis son aventure avec Jessica, Luke – qui tenait un bar dans Hell’s Kitchen – est reparti à Harlem. Il travaille chez un coiffeur-barbier, Pops (Frankie Faison), considéré comme le patriarche du quartier. Mais justement, ce quartier souffre du trafic de drogue, orchestré par le parrain local Cotton mouth (Mahershala Ali), et des ambitions nébuleuses de Mariah Dillard (Alfre Woodward), politicienne partie en guerre contre la gentrification.

Si l’univers partagé que Marvel TV développe sur Netflix a toujours pris le parti du « tangible, LUKE CAGE est peut-être la série la plus réaliste. Dans les années 1970, Luke Cage a été créé d’une part, pour « calmer les critiques justifiées envers une culture de masse américaine très blanche », nous explique Elvan Zabunyan, et d’autre part, il a été imaginé en réaction à des problèmes bien réels de violence. Ainsi, s’il appartient, c’est vrai, au domaine du fantastique, son ADN est profondément ancré dans le réel. « Il faut avoir des réactions réalistes au fantastique, développe Chico Hodari Coker.

Vous savez, l’un de mes films préférés, c’est « ATTACK THE BLOCK » le film anglais de Joe Cormish, qui suit des jeunes prenant les armes dans une cité attaquée par des extraterrestres, redéfinissait l’héroïsme d’une manière très urbaine. « Ce que j’adore dans ce film, c’est que si toi et ta bande vous tuiez un alien, vous aussi vous feriez le tour du quartier pour montrer le truc à tout le monde.

Comment la découverte d’un homme qui ne craint pas les balles changera l’écologie d’un quartier ? Particulièrement un endroit où l’on vit dans la peur. Comment Luke Cage change-t-il la perspective criminelle, la perspective policière? « Parce qu’une série diffusée par Netflix n’est pas soumise aux mêmes impératifs de cliffhangers ni à la question de la performance narrative,

LUKE CAGE démarre sur un faux rythme. Son pilote s’ouvre sur une longue séquence chez le barbier, très dialoguée, faussement banale. « Aller chez le barbier, c’est un événement, explique Mike Colter. Vous y restez un temps fou, le temps qu’un fauteuil se libère, vous regardez la télé, vous parlez. Pour une coupe qui prend 30 minutes, vous restez deux heures. Vous venez pour le sentiment d’appartenance, pour le sens de la camaraderie. Il y a des gens qui y vont car ils n’ont pas de famille. Dans la communauté africaine-américaine, il y a beaucoup d’enfants privés de père, puisqu’il » y a, notamment, un grand nombre d’hommes noirs en prison pour diverses raisons.

Le fait est que pour un crime non violent, vous allez avoir une amende que vous ne pouvez pas payer, vous passerez donc une nuit en prison. Il y a une caution. Vous pouvez perdre votre travail, soit parce que vous ne vous êtes pas présenté, soit parce que votre employeur a appris que vous avez été arrêté. Bref, il y a une série de répercussions. La prison, c’est une industrie qui génère de l’argent. Il faut remplir ces hôtels fédéraux. C’est presque de l’esclavage moderne. J’ai dévié du sujet, n’est-ce pas ? Le barber shop, c’est comme un petit abri, loin des soucis « Le politique, c’est surtout dans les détails.

Cheo Hodari Coker n’a pas tiré son inspiration du comic matriciel, « Hero for Hire », dans lequel Luke Cage loue ses super-pouvoirs contre de l’argent. Cette bande dessinée était-elle trop ancrée dans les 70’s ? Trop Blaxploitation ? « On ne rejette pas la Blaxploitation, mais on lui rend hommage, on la modernise », nous dit le showrunner.

La Blaxploitation a créé une « iconographie noire américaine, inscrite dans la culture populaire, qui juxtapose l’image et la musique, selon Elvan Zabunyan. SWEETSWEETBACK BAADASSSSSSONG et SHAFT sont les premiers films où des musiciens hyper importants de l’époque – en l’occurrence Earth, Wind & Fire et Isaac Hayes s’occupent des BO.

« Auxquels on pourrait ajouter Curtis Mayfield sur SUPERFLY. Coker place clairement LUKE CAGE dans cet héritage. Au point que tous les épisodes sont titrés selon une chanson de Gang Starr, duo de rap east-coast très influent dans les années 90, composé de Guru et DJ Premier. Le score, lui, est supervisé par Ali Shaheed Muhammad (de A Tribe Called Quest) et Adrian Younge (notamment à l’origine de la bande originale de BLACK DYNAMITE, récent hommage à la Blaxploitation). Ancien journaliste dont les interviews de Notorious Big lui ont ouvert les portes du cinéma (il a scénarisé NOTORIOUS B.I.G., le biopic du rappeur), Cheo Hodari Coker a une grande fibre musicale.

Au sein de Harlem’s Paradise, boîte de nuit et fief de Cotton mouth, des artistes (Raphael Sandiq, Faith Evans…) offrent à LUKE CAGE des performances musicales diégétiques, soulignant la dramaturgie de l’épisode « Tous mes réalisateurs préférés utilisent la musique, dit Coker Guy Ritchie, Martin Scorsese, Ava DuVernay. La musique communique, elle peut remplacer des dialogues, elle donne un pouls.

Harlem’s Paradise est clairement un hommage au COTTON CLUB de Francis Ford Coppola, où se juxtaposent la musique jouée sur scène et la violence qui règne à l’extérieur du club « Le storytelling par la musique, c’est probablement la manière la plus évidente de se départir  du comic, media visuel par essence. Mais pas dans le but de le surpasser, dans un geste de dédain. Au contraire. Pour en optimiser la richesse et montrer à quel point il est inspirant.

« Par exemple, j’ai une affection particulière pour la mini-série Wolverine par Frank Miller et Chris Claremont, dit Coker, car c’est le genre d’histoires qui surpasse tout ce que les gens pensent des comics. Je suis un geek, je lis depuis mes 11 ans et je crois au pouvoir des comics ». Il n’y a jamais de petite revendication

 

Luke Cage – Bande Annonce

 

 

 

 


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