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Liban :communauté gay silencieuse

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A Beyrouth, dans les bars et les clubs, se mélangent les gays de toute la région, dans la plus grande discrétion. Car même dans la capitale, le coming-out reste difficile, et les homos libanais sont confinés dans le silence. Seul espoir ; la justice semble vouloir faire avancer l’égalité.

Sur la corniche de Beyrouth, non loin du quartier de Raouché, le bus de l’association LGBT Helem (« rêve » en arabe) s’arrête. Le ressac des vagues accompagne les voitures qui s’arrêtent puis repartent. En ce soir de janvier, seuls quelques hommes sont accoudés à la rambarde. « Parfois, ils sont une vingtaine, parfois seulement deux, trois. Ca dépend des soirs, de la température… et des tensions politiques du moment », explique Rabih Maher,  34 ans, l’un des plus anciens activistes de l’association. « Avant, avec le bus, on allait à Tripoli, à Saïda, mais depuis deux ans, on n’a plus les financements. C’est dommage, car c’est là qu’il faudrait faire de la prévention. »

 

DRAGUE SUR LA CORNICHE

Chaque semaine depuis cinq ans, les bénévoles de Helem vont à la rencontre des gays sur la corniche à la lueuyr des lampadaire. « Il y a toujours de nouvelles personnes, assure Rabih. on donne des brochures, des préservatifs, des lubrifiants… » C’est le ministère de la santé libanais qui fournit gratuitement les tests et les préservatifs. « D’ailleurs, on a une carte signée par le ministre, au cas où la police nous contrôlerait », précise Rabih.

Car ce lieu de drague peut être dangereux. « Les gens passent la rambarde pour aller au milieu des herbes, et il y a parfois des vols sous la menace d’un couteau ou des agressions », raconte Rabih. 

Les intervenants restent toujours deux par deux, par sécurité. En journée, les familles libanaises prennent possession de la corniche, mais le soir, c’est la drague qui prend le relais. 

« Il y a de tout, des gens cultivés et aisés comme des personnes sans emploi peu éduquées. Ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent : est-ce qu’on peut mettre deux préservatifs à la fois, quels sont les symptômes du VIH, comment faire le test du dépistage…. »

Le test, Helem propose dans son bus, en dix minutes. « Si c’est positif, on emmène la personne dans un hôpital faire un test de confirmation. Au Liban, le traitement pour le sida est gratuit pour les Libanais. C’est payé par l’Etat », explique Rabih.

 

NIGHTLIFE BEYROUTHINE

Pour la première fois, Anthony* est venu tester les rencontres sur la corniche. Après quelques hésitations, il s’ets faufilé au milieu des herbes et des rochers. 

« Il y avait une dizaine de mecs répartis en petits groupes. Ils m’ont demandé si j’avais du feu et j’ai commencé à discuter avec deux d’ntre eux, raconte t-il. L’un m’a assuré être marié et avoir une famille. Il voulait coucher mais sans préservatif. Ca  m’a vraiment surpris »

Après une fellation, Anthony préfère s’éloigner des hommes, peu rassuré par l’ambiance. « Ca m’a vraiment paru trop dangereux de rester », souffle t-il.

Tony*, jeune fashion designer, a aussi connu ces rencontres dans la rue. « Adolescent, j’étais timide, mais un jour j’ai remarqué un voisin très beau. Je l’ai suivi, on se parlait avec les yeux, on avait très peur. Dans une impasse, sous la pluie, on a couché ensemble. Il m’a promis qu’il m’aiderait à rencontrer des gens pour m’aider. » 

Commene alors pour Tony une nouvelle vie, dont il ne soupçonnait pas l’existence. « Je me suis retrouvé dans un resto chic, à 16 ans, en face d’un homme de 41 ans. A cette époque, je ne savais pas que l’amour existait en dehors du sexe. je suis tombé amoureux de cet homme et on est resté ensemble dix mois. Il était riche et m’a fait découvrir les clubs gays. 

J’étais content d’avoir quelqu’un qui prenne soin de moi », se souvient-il.

Issu d’une famille pauvre, Tony aurait pu ne pas connaître la nightlife beyrouthine des gays aisés. Aujourd’hui, il vit seul. « Je fais des rencontres sur Grindr, dans des clubs, à travers le travail ou les amis. Je passe aussi de temps en temps avec des amis sur la corniche. »

A Sin El-Fil, un quartier de l’Est de Beyrouth, il y a toute une rue, dans une zone industrielle, où les gays viennent faire des rencontres. « J’y allais, mais c’est un peu dangereux, car on peut se faire agresser ou voler. Par contre, je ne vais jamais dans les hammams, c’est sale et ça pue. »

A 24 ans, comme la majorité des gays libanais, Tony ne choisit pas ses partenaires en fonction de leur confession. « On n’a aucun problème à coucher avec toutes les communautés. Selon moi, les musulmans ont un meilleur comportement. Par contre, les chrétiens sont peut-être plus ouverts d’esprit. Ils osent plus que les musulmans ».

En rogolant, il ajoute : « Je n’ai eu que deux Druzes, mais ce n’étaient pas de bonnes expériences. »

Pour faire des rencontres, il y a plusieurs clubs ç Beyrouth. l’un des plus anciens est- le Bardo, un bar chic tamisé où la communauté LGBT aisée aime à se retrouver, depuis 2006, Joseph Aoun, le manager, est une figure de la ville. pas de droit d’entrée, pas de dress code. En somme, « un lieu démocratique où tu peux dépenser 10 comme 500 dollars », explique Joseph. 

A 29 ans, le manger est ouvertement gay. Il est l’un des rares. Sa famille chrétienne conservatrice vient du Metn, un district à l’est de la capitale. « On a été éduqué pour être de bons chrétiens. J’ai deux frères ingénieurs et ma mère n’est  pas aussi satisafite de  mon mode de vie que du leur », dit-il en rigolant.

 

TRAGÉDIE FAMILIALE

Après quelques années d’aventures avec des hommes et des femmes, Joseph est tombé amoureux d’un homme il y a deux ans, mais il vit seul aujourd’hui. « Une vraie tragédie pour ma famille parce qu’en général au Liban tu vis avec tes parents jusqu’au mariage. » 

Dans sa famille, la question de son homosexualité est taboue. « Bien sûr, mes parents s’en doutent, mais faire son coming out au Liban est très délicat. C’est essentiel, mais parfois un peu égoïste envers ses parents. Les miens, ils ont 60 ans et ils ont vécu dan s un autre monde. je ne veux pas leur infliger une douleur inutile. »

Pourtant, il aimerait parfois leur parler : »Ma mère m’à toujours dit que ce qu’on fait en cachette est mauvais. Pour moi, être hosexuel, c’est n’est pas mauvais, alors je n’ai pas envie de me cacher. L’important, c’est que je sois libre. »

Sa liberté, Joseph la brandit comme un étendard. problème : ses compatriotes ne sont pas aussi à l’aise que lui. « La majorité des gays au Liban ne sont pas out et c’est un vrai problème pour moi. Ca fait un an et demi que je suis célibataire. je ne peux pas avoir une relation avec quelqu’un qui se cache. »

La communauté LGBT libanaise reste largement souterraine. S’embrasser ou se tenir la main dans la rue demeurent des actes marginaux. georges Azzi, 34 ans, se rappelle la situation à la fin des années 1990.

« Je faisais partie du club Free, un groupe underground d’une centaine de personnes où il fallait être parrainé par deux membres pour entrer. A l’époque, il y avait desd descentes de police et de la paranoïa… »

En 2003, Georges prend la direction de Helem nouvellement créée. Onze ans plus tard, le numéro d’enregistrement de l’association auprès de l’état est toujours en attente….

« Par exemple, on ne peut toujours pas ouvrir un compte en banque au nom de Helem », explique Geoerges. En pleine restructuration, l’association fournit pourtant des conseils psychologiques, légaux et sociaux. 

« Nous avons des appels de toute la région, d’Arabie Saoudite, d’Oman, d’Egypte. Malheureusement, on ne peut pas protéger ses personnes », explique Samira Koujok, ex-directrice de l’association.

Seul espace communautaire LGBT de tout le Liban, Helem espère ouvrir prochainement des bureaux dans d’uatres villes du pays. Car pour l’instant, seuls les Beyrouthins peuvent profiter de ce havre de paix.

Pour Geoerges Azzin l’activiste des premières heures, l’article 534 du Code pénal qui condamne tout relation sexuelle contre nature doit être supprimé ou rendu caduque. « En 2008, un juge de Batroun avait statué que l’homosexualaité n’est pas contre natureµ. Donc le travail doit être fait avec les juges…. »

 

EGALITE ENTRE TOUS LES LIBANAIS

Fin 2014, c’est un juge qui a fait avancer la cause d’un grand pas. Il a acquitté une transsexuelle accusée d' »avoir des relations sexuelles contre nature » avec des hommes. Dans son jugement, le magistrat a utilisé la Constitution libanaise qui garantit « l’égalité entre tous les Libanais », mais il a également mentionné la résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU du 17 juin 2011, prévoyant la « lutte contre les atteintes aux personnes sur base de leur orientation sexuelle. »

Omar, un jeune bloguer, s’est fait une spécialité de surveiller tout ce qui se passe au Liban concernant la communauté LGBT. Son blog, le seul en arabe, est une source d’information pour les gays.

« Avec mon blog, je reçois beaucoup de messages de remerciements. je suis le seul blogueur arabophone et on a vraiment besoin de gens qui écrivent en arabe. »

Omar a récemment invité six autres blogueurs libanais à écrire avec lui, dans cette langue, le temps d’un post. « J’ai déjà publié trois papiers avec eux sur les relations à distance, sur le sadomasochisme et un écrit un peu érotique. »

Pour lui, l’écriture en arabe est essentiel. Lu au Liban,, Omar a également de nombreux lecteurs en Egypte et en Arabie Saoudite. « Les autres blogueurs ont du mal à écrire dans cette langue, mais c’est vraiment important, car ceux qui n’ont pas eu accès à l’éducation ne lisent pas l’anglais mais l’arabe. »

Ses trois prochains posts seront sur la santé sexuelle, sujet qui lui tient particulièrement à cœur. « La santé sexuelle, c’est une catastrophe au Liban ! Par exemple, il n’y a pas de distributeur automatique de préservatifs, et beaucoup de gays n’aiment pas les préservatifs, ici. Ils disent qu’ils prennent moins de plaisir. Le prix aussi freine, c’est deux euros le préservatif ! Mais heureusement il y a le centre de santé sexuelle Marsa, où ils sont gratuits et où les testes de dépistages sont anonymes. »

Rester anonyme, c’est la bataille quotidienne de beaucoup de membres de la communauté LGBT libanaise. Pour vivre heureux dans cette société, ils ont pour l’instant largement décidé de vivre cachés.


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